La fascisation n’est pas une simple opinion, c’est un choix politique de classe. Quand la crise s’installe, quand la contestation sociale menace les intérêts du capital, la bourgeoisie cherche une issue et c’est toujours la même. Elle verrouille l’État, met au pas le travail, neutralise les contre-pouvoirs, et rend plus coûteuse l’organisation collective des travailleurs.
Lorsqu’elle a peur, la répression est son mode de gouvernement. Surveillance, criminalisation des mobilisations, atteintes au droit de grève, pressions sur les syndicats, affaiblissement des protections juridiques, restriction des libertés publiques …, bref, tout ce qui empêche la classe travailleuse de
s’unifier et de peser sur la production, sur les salaires, sur la répartition de la richesse, devient une cible. Ce n’est pas l’ordre, c’est l’ordre social capitaliste, celui qui garantit la propriété, la rente et le pouvoir de décision.
Pour faire tenir cet ordre, la répression n’a jamais suffi, il lui faut aussi diviser. Le racisme, la xénophobie, le sexisme et toutes les hiérarchies morales ne sont pas seulement des haines, ce sont des outils pour fragmenter le salariat, organiser la concurrence entre exploités, fabriquer des catégories de travailleurs plus précaires, moins défendables, plus corvéables. Un salariat morcelé avec les nationaux contre les étrangers, les méritants contre les assistés, les vrais travailleurs contre les indésirables, c’est un salariat parfait à leurs yeux, un salariat qui négocie à genoux. Et ça permet une pression à la baisse sur les salaires, les droits, les services publics et la Sécurité sociale.
Leur récit à base d’insécurité, d’immigration et d’assistanat leur sert de paravent. Il détourne la colère loin des causes réelles comme les profits indécents, l’actionnariat vampire, la spéculation prédatrice, la casse industrielle, les exonérations pour eux et les politiques d’austérité pour nous, pour la rabattre sur des boucs émissaires. Pendant que les dominés que nous sommes s’accusent entre eux, les dominants consolident leur pouvoir. Ils font ce qu’ils savent faire de mieux, c’est à dire piller la valeur, réorganiser le travail, imposer la docilité, et transformer l’État en instrument de discipline sociale.
C’est pourquoi l’antifascisme, n’est pas une posture morale, mais une défense de classe. Défendre l’égalité des droits et les libertés publiques, c’est défendre les conditions matérielles de notre force collective et donc pouvoir se réunir, s’informer, se syndiquer, manifester, faire grève et gagner. Sans ça, il ne reste que l’isolement, la peur et la résignation, et c’est exactement le terrain sur lequel prospère la radicalisation autoritaire de la bourgeoisie au pouvoir.
Face à cette radicalisation fasciste de la bourgeoisie au service du capital, la seule digue solide, c’est l’unité de classe. Pas l’unité abstraite, mais l’unité concrète des travailleurs et travailleuses, quels que soient leurs origines, leurs statuts, leurs métiers. C’est une unité construite dans les luttes, sur des revendications matérielles, contre l’exploitation et contre toutes les divisions qui la rendent possible. C’est cette unité organisée, consciente et offensive, qui peut rejeter la fascisation. Parce qu’elle seule peut faire reculer ceux qui la promeuvent en leur opposant la force collective des seuls producteurs de valeur.
Reconstruisons la barricade de classe.


